Il est des mariages qui se jouent sur deux scènes simultanées. En Corée du Sud, un samedi après-midi de printemps à Séoul, la même famille peut vivre en l’espace de quatre heures une cérémonie nuptiale habillée de blanc et de voile dans un wedding hall climatisé, puis une tout autre liturgie dans une salle annexe ou un appartement de parents, où les époux portent des soies brodées d’or et s’inclinent jusqu’au sol devant les anciens de la famille, tandis qu’une belle-mère lance des dattes et des châtaignes dans les pans du hanbok de la mariée. Ce double registre n’est pas une contradiction : c’est la marque d’une société qui a absorbé la modernisation à grande vitesse tout en préservant, parfois avec une intensité renouvelée, des rites confucéens vieux de plusieurs siècles. Pourquoi ce paebaek résiste-t-il à l’hyper-modernité coréenne ? Que nous dit-il de la famille, de la transmission et du corps dans la société coréenne d’aujourd’hui ?

Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré Hélène Roux, anthropologue spécialiste de la Corée du Sud, dont les travaux portent sur les rites de passage et les transformations des structures familiales coréennes contemporaines. Douze années passées entre Séoul, Daegu et Busan lui ont donné une perspective rare sur ce mariage double qui fascine et intrigue les observateurs étrangers.

Portrait éditorial de l'anthropologue Hélène Roux

Hélène Roux

Anthropologue spécialiste de la Corée du Sud — Paris

Douze années de recherche de terrain à Séoul, Daegu et Busan. Ses travaux portent sur les rites de passage et la modernisation des familles coréennes contemporaines. Portrait éditorial.

Le paebaek : un rite confucéen

Le terme paebaek (폐백) désigne le rite de présentation de la mariée à la famille du marié, hérité de la période Joseon (1392–1897), cette longue dynasty néo-confucéenne qui a profondément structuré la société coréenne autour de la piété filiale, de la hiérarchie et du culte des ancêtres. Dans sa forme originelle, il s’agissait d’un rite quasi exclusivement aristocratique : la nouvelle épouse entrait dans la demeure de ses beaux-parents en apportant des présents rituels, s’inclinait devant eux selon un protocole très précis et recevait en retour dattes, châtaignes et noix comme symboles de la descendance souhaitée. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle que le rite s’est démocratisé, perdant certains de ses éléments les plus formels tout en conservant son ossature gestuelle.

Claire Vasseur : Hélène Roux, le paebaek est souvent présenté comme un rite confucéen, mais le confucianisme est un système éthique et philosophique, pas une religion au sens strict. Comment comprendre ce que ce rite accomplit rituellement ?
Hélène Roux :

C'est une distinction fondamentale que l'on a tendance à brouiller. Le confucianisme — le yugyo coréen, qui est une adaptation locale du confucianisme chinois importé depuis le IVe siècle — n'est pas une religion au sens d'un rapport à une divinité transcendante. C'est un système d'obligations sociales et de relations hiérarchiques qui structure la vie en société : entre parent et enfant, entre supérieur et subordonné, entre mari et femme, entre ami et ami. Le paebaek accomplit rituellement quelque chose de très précis : il signifie que la mariée entre dans la lignée du marié. Elle s'incline devant ses beaux-parents selon le keunjeol, la grande révérence à genoux, et cet acte corporel marque son intégration symbolique dans une nouvelle famille.

Ce n'est pas une prière, ce n'est pas une bénédiction divine. C'est un acte de reconnaissance sociale, de redéfinition des appartenances. Ce qui rend le paebaek remarquablement robuste face à la modernisation, c'est précisément cela : il n'a pas besoin d'une croyance religieuse pour fonctionner. Il fonctionne comme un acte de langage — je m'incline, donc j'appartiens. Des couples coréens parfaitement laïques, qui ne pratiquent aucune religion, qui ont fait leurs études à Paris ou à Toronto, maintiennent le paebaek parce qu'il dit quelque chose d'essentiel sur les relations familiales, indépendamment de toute foi.

On retrouve une logique proche dans d'autres traditions asiatiques, comme le [mariage japonais shintô](/blog/mariage-japonais-shinto/) où les révérences au sanctuaire ont autant une fonction sociale que spirituelle, mais la dimension confucéenne coréenne est plus explicitement éthique et moins liée à une cosmologie de la nature.

Le hanbok nuptial

Le hanbok (한복) — littéralement « vêtement coréen » — est la tenue traditionnelle coréenne dont la forme actuelle s’est consolidée sous la période Joseon. Pour le mariage, il existe des variantes spécifiques : la wonsam pour la mariée, une robe brodée à manches longues aux couleurs vives portée autrefois par les femmes de l’aristocratie, et le jeogori accompagné d’un pantalon baji pour le marié. Le hanbok nuptial se distingue du hanbok quotidien par la richesse de ses broderies — pivoines, phénix, nuages — et par ses couleurs codifiées, notamment le rouge et le bleu qui représentent le yin et le yang, les deux forces complémentaires régissant l’harmonie de l’univers.

Claire Vasseur : On observe depuis quelques années un retour visible du hanbok dans les mariages coréens contemporains, y compris en dehors du paebaek. Est-ce un phénomène de mode ou quelque chose de plus structurel ?
Hélène Roux :

C'est un phénomène qui mérite qu'on ne le réduise pas à une tendance de mode, même si les réseaux sociaux l'ont évidemment amplifié. Il faut le replacer dans le contexte de ce que j'appelle la « fierté coréenne » — un terme maladroit mais qui désigne quelque chose de réel : un mouvement culturel et identitaire puissant qui accompagne le rayonnement international de la Corée du Sud depuis les années 2010, avec la vague hallyu, la K-pop, les séries, la gastronomie. Les trentenaires et les quadragénaires de Séoul qui portent un hanbok à leur mariage ne sont pas passéistes — ils revendiquent une coréanité assumée, qui n'a pas honte de ses racines et les expose avec pride.

Ce que j'ai observé à Séoul depuis 2020, c'est que le hanbok de mariage tend à se faire plus portable, plus quotidianisable. Des créateurs comme Leesle ou Tchai Kim proposent des hanbok contemporains qui conservent les lignes caractéristiques — la jupe chima en cloche, le court jeogori à ruban — mais dans des tissus plus légers, avec des coupes adaptées à la mobilité. Ces pièces s'intègrent parfois dans la cérémonie principale elle-même, et pas seulement dans le paebaek. On voit des mariées entrer dans le wedding hall en hanbok, ce qui aurait été jugé anachronique il y a encore vingt ans.

Dattes, châtaignes et le canard mandarin

La symbolique animale et végétale du mariage coréen est d’une richesse peu commune. Les daechu (dattes) et les bam (châtaignes) que la belle-mère lance dans les pans du hanbok de la mariée lors du paebaek ne sont que les plus connus de ces symboles. Le canard mandarin — wonang ori — est une autre figure centrale : cet oiseau qui vit par paire et, selon la croyance, ne survivrait pas à la mort de son compagnon, est offert aux mariés en bois sculpté ou en céramique, posé sur la table lors du paebaek. Ces canards en bois, peints de couleurs vives, sont souvent enveloppés dans des foulards en soie et disposés face à face, comme un vœu d’union indissoluble.

Cérémonie paebaek coréenne traditionnelle avec hanbok

Claire Vasseur : La symbolique des dattes et des châtaignes semble à la fois simple — la fécondité — et très précise dans ses codes. Quel est exactement le protocole de ce moment, et comment les familles le vivent-elles aujourd'hui ?
Hélène Roux :

Le protocole est à la fois simple dans son principe et très chargé émotionnellement dans son déroulement. La mariée déploie les pans de son wonsam — ou du hanbok qu'elle porte — et forme une sorte de tablier avec ses manches relevées. La belle-mère, debout face à elle, lance d'abord trois dattes, puis trois châtaignes. La mariée doit les attraper sans en laisser tomber. Le nombre de fruits attrapés est censé prédire le nombre d'enfants — dattes pour les fils, châtaignes pour les filles selon les interprétations les plus courantes, même si cela varie selon les régions et les familles.

Ce qui m'a frappée lors de mes observations dans plusieurs familles de Daegu et de Busan, c'est l'atmosphère de ce moment. Il commence solennellement — les révérences, la tenue rigoureuse du corps, le silence presque formel — et bascule en éclats de rire quand une datte roule sur le sol ou quand la mariée rate un attraper. Ce mélange de solennité et de rire collectif est tout sauf anecdotique : il dit quelque chose d'essentiel sur la fonction du rite. Le paebaek ne soude pas seulement une dyade conjugale — il crée un moment de communion entre deux familles qui se rencontrent parfois pour la première fois dans cette configuration. Le rire autour des dattes tombées est un rire d'appartenance commune.

Les couples mixtes franco-coréens que j'ai pu rencontrer, notamment des couples installés à Paris ou à Lyon, maintiennent souvent ce rite lors de leur séjour en Corée pour le mariage, et parfois l'organisent en France devant les parents français médusés et attendris. Pour les aspects administratifs d'une telle union binacionale, notre guide sur [se marier à l'étranger](/se-marier-a-l-etranger/) couvre les formalités consulaires et la retranscription en France. C'est un des moments où le rite voyage le mieux, peut-être parce qu'il ne requiert aucune foi ni aucune langue partagée.

La double cérémonie : occidentale et traditionnelle

Rares sont les cultures matrimoniales contemporaines qui assument aussi ouvertement la dualité rituelle que la Corée du Sud. La plupart des mariages coréens actuels s’organisent en deux temps séquentiels : une cérémonie principale formatée selon les codes occidentaux — robe blanche, alliances, marche nuptiale — suivie du paebaek familial. Loin d’être perçue comme une incohérence, cette dualité est vécue comme une plénitude : les mariés offrent à leurs familles les deux visages de leur identité, globale et coréenne.

Claire Vasseur : Comment expliquer que la Corée du Sud ait adopté la cérémonie occidentale aussi complètement — robe blanche, alliances, marche nuptiale — sans que cela ne génère une forme de rejet ou de résistance culturelle significative ?
Hélène Roux :

La question est très pertinente, et la réponse est moins simple que le récit habituel de l'occidentalisation passive ne le suggère. La cérémonie de style occidental — qu'on appelle en coréen gyeolhonsik, littéralement « cérémonie du mariage » — s'implante massivement en Corée dans les années 1960 et 1970, dans le contexte d'une modernisation industrielle accélérée et d'un régime développementiste qui valorise tout ce qui signifie la modernité et la prospérité. La robe blanche, le voile, les alliances en or : autant de marqueurs de statut social qui signalent l'accès à la société de consommation.

Mais ce qui est remarquable, c'est que l'adoption de ces codes n'a jamais produit l'abandon complet du paebaek. Les deux coexistent depuis le début de cette période. Je pense que cela tient à la nature même du paebaek : il opère à l'échelle familiale et intérieure, là où la cérémonie principale opère à l'échelle sociale et publique. L'un est pour les invités, l'autre est pour la famille. Cette partition des registres a permis une adoption sans rejet — chaque sphère conserve ses codes propres.

Claire Vasseur : Observe-t-on des variations régionales dans cette double cérémonie ? Séoul, Daegu et Busan suivent-elles les mêmes codes ?
Hélène Roux :

Oui, les variations régionales persistent et sont significatives. Séoul — et plus largement la région métropolitaine de la capitale — est le laboratoire des tendances. On y voit les mariages les plus formatés en termes de timing et d'organisation, les plus ouverts aux nouvelles esthétiques. Les couples séouliens des classes supérieures organisent souvent leur cérémonie dans des hôtels de luxe ou des espaces atypiques — musées, jardins botaniques — qui s'éloignent du modèle standard du wedding hall.

À Daegu, ville historiquement plus conservatrice, le paebaek est souvent plus élaboré et plus long, avec un protocole familial plus strict. J'ai assisté à des paebaek de deux heures à Daegu alors que le format séoulien standard en dure trente à quarante minutes. Busan, ville portuaire et commerçante, a une culture matrimoniale plus festive : on y trouve des banquets plus longs, une musique plus présente, une ambiance plus proche de la fête méditerranéenne que des codes formels confucéens. Ce sont des généralisations, bien sûr, mais elles reflètent des différences de fond dans la manière dont les régions coréennes vivent le mariage.

Le wedding hall séoulien

Le gyeolhonsig jangso — salle de mariage commerciale, traduit en anglais par wedding hall — est une institution coréenne sans véritable équivalent ailleurs dans le monde. Ces immeubles dédiés exclusivement aux mariages, souvent de plusieurs étages, peuvent accueillir simultanément plusieurs cérémonies dans des salles séparées, avec un personnel de service formé, un traiteur intégré, un photobooth, un salon de coiffure et parfois un hôtel attenant. Séoul compte plusieurs centaines de wedding halls, et leur concentration dans certains quartiers comme Mapo-gu ou Gangnam-gu crée de véritables districts du mariage où les familles défilent le week-end en tenues nuptiales.

Claire Vasseur : Le wedding hall est une institution coréenne très particulière — cette idée de mariage industrialisé, avec plusieurs cérémonies par créneau horaire, peut sembler froide ou impersonnelle à un regard occidental. Comment les familles coréennes le vivent-elles ?
Hélène Roux :

Le regard occidental sur le wedding hall est souvent condescendant, et je pense qu'il rate quelque chose d'essentiel. L'efficacité organisationnelle du wedding hall est perçue en Corée comme une forme de respect : respect du temps des invités, qui ne passeront pas six heures à attendre un buffet, respect des familles, déchargées de toute logistique, respect du couple, protégé des aléas. Le wedding hall standardise le format pour libérer les familles de l'organisation matérielle et leur permettre de se concentrer sur l'aspect humain et relationnel.

Il faut aussi comprendre le contexte urbain. Séoul est une mégalopole de plus de dix millions d'habitants, avec des appartements petits et des cours familiales qui n'existent plus. Le mariage à la maison, dans la cour des parents, comme il se pratiquait jusque dans les années 1950, est devenu matériellement impossible pour l'immense majorité des familles urbaines. Le wedding hall est la réponse fonctionnelle à cette réalité.

Cela dit, je note depuis 2020 une tendance croissante parmi les couples des classes supérieures éduquées à fuir le wedding hall standard au profit de lieux alternatifs : galeries d'art, jardins botaniques, terrasses d'hôtels de luxe. C'est en partie une réaction à la standardisation — la quête d'un mariage qui porte l'empreinte du couple plutôt que celle d'un format imposé.

Tensions générationnelles

Le mariage coréen contemporain est aussi le théâtre de tensions entre des générations aux valeurs divergentes. Les jeunes coréens des années 2020, confrontés à une crise du logement, à des conditions de travail précaires et à un taux de natalité en chute historique, reportent ou refusent le mariage en nombre croissant. Le phénomène sampo, qui décrit la génération qui renonce à la fréquentation, au mariage et à la procréation, est un indicateur de ce malaise.

Wedding hall séoulien moderne lors d'un mariage coréen contemporain

Claire Vasseur : La Corée du Sud a l'un des taux de natalité les plus bas du monde. Dans ce contexte, quel sens le mariage — et ses rites — conserve-t-il pour les jeunes générations coréennes ?
Hélène Roux :

C'est la question centrale de mes recherches actuelles. Le taux de fécondité de la Corée du Sud — autour de 0,72 en 2023, le plus bas au monde parmi les pays de l'OCDE — n'est pas seulement un chiffre économique. C'est le symptôme d'une mutation profonde du rapport au couple, à la famille et à la transmission. Beaucoup de jeunes coréens, notamment des femmes diplômées des grandes métropoles, refusent le mariage parce qu'ils y voient une structure qui maintient des inégalités de genre inacceptables pour eux.

Il existe un mouvement féministe coréen puissant, le mouvement 4B, qui prône le refus des relations hétérosexuelles, du mariage, de la maternité et des rapports sexuels avec les hommes. Ce n'est pas la majorité, mais c'est un révélateur des tensions. Les femmes coréennes ont rejoint la population active en masse depuis les années 1990, sont souvent plus diplômées que leurs homologues masculins, et se heurtent à des normes de genre qui peinent à évoluer : on attend toujours de l'épouse qu'elle prenne en charge la majorité du travail domestique et de soin aux enfants.

Dans ce contexte, le paebaek — et particulièrement le moment où la mariée s'incline devant ses beaux-parents tandis que le marié reçoit simplement les révérences — est regardé avec ambivalence par beaucoup de jeunes femmes. Certaines le refusent, d'autres le négocient — en exigeant que le marié s'incline aussi devant les parents de la mariée, ce qui n'est pas traditionnel mais se fait de plus en plus. Le rite lui-même devient un espace de négociation des rapports de genre.

La page [Mariages dans le monde](/themes/mariages-dans-le-monde/) que nous hébergeons sur ce site recense d'ailleurs nombre de ces évolutions à l'échelle internationale, et la Corée du Sud y figure comme un cas d'étude particulièrement instructif sur les recompositions matrimoniales contemporaines.

Questions rapides : idées reçues

Le mariage coréen est-il une cérémonie religieuse ?

FAUX Le paebaek traditionnel est un rite confucéen, relevant d’un système éthique et social, non d’une religion au sens théologique du terme. La cérémonie principale en wedding hall est généralement laïque. La Corée du Sud est certes fortement christianisée (environ 28 % de protestants, 11 % de catholiques), et certaines familles célèbrent une cérémonie à l’église en supplément, mais ce n’est pas la norme dominante.

Le hanbok est-il réservé aux cérémonies traditionnelles ?

NUANCÉ Historiquement, le hanbok de mariage était porté pour l’ensemble de la cérémonie. Depuis les années 1960-1970, son usage s’est progressivement limité au paebaek familial, la cérémonie principale étant dominée par la robe blanche occidentale. Depuis 2020, un mouvement de réappropriation culturelle conduit certains couples à porter le hanbok dès la cérémonie principale.

Le paebaek est-il obligatoire pour tout mariage coréen ?

FAUX Le paebaek n’est pas une obligation légale ni même une obligation sociale absolue. Des couples coréens, notamment des binationnaux ou des personnes en rupture avec leur famille, ne le pratiquent pas. Cela dit, il reste très majoritairement pratiqué, y compris dans les milieux urbains éduqués, car il remplit une fonction sociale et familiale que peu d’autres rites peuvent remplacer.

La cérémonie coréenne ressemble-t-elle à un mariage occidental ?

NUANCÉ La cérémonie principale en wedding hall en emprunte les codes visuels — robe blanche, voile, alliances, marche nuptiale, photos de couple. Mais le format est beaucoup plus bref (30 à 60 minutes), plus fonctionnel, et suivi du paebaek, qui est radicalement différent de tout ce qu’une sensibilité occidentale peut anticiper. La double cérémonie donne à l’ensemble une dimension unique.

Le canard mandarin est-il uniquement décoratif ?

FAUX Le canard mandarin (wonang ori) est un symbole d’union indissoluble dans la culture coréenne, fondé sur la réputation de fidélité de cet oiseau. Lors du paebaek, les canards en bois posés sur la table sont enveloppés dans un foulard de soie et participent au dispositif symbolique du rite. Leur orientation (face à face) et les foulards qui les recouvrent sont codifiés. Ce n’est pas un ornement décoratif mais un objet rituel à part entière.

Les families coréennes paient-elles le mariage de la même façon qu’en France ?

NUANCÉ La répartition des coûts suit des codes précis en Corée : traditionnellement, la famille de la mariée prend en charge le honsu (le trousseau et l’équipement du foyer), tandis que la famille du marié finance le logement du couple. Le wedding hall et les frais de cérémonie sont souvent partagés. Ces conventions évoluent dans les classes moyennes urbaines, mais la pression financière sur les familles — notamment pour le logement — est un facteur majeur dans le report du mariage.

À retenir

D’après Hélène Roux, trois points méritent l’attention de qui s’intéresse au mariage coréen :

  1. Le paebaek est un acte de langage corporel, non un rite religieux — Ce qui lui confère une résistance remarquable face à la sécularisation et à la mondialisation. Des couples sans appartenance religieuse, pleinement intégrés dans la modernité globale, le maintiennent parce qu’il accomplit quelque chose d’irremplaçable : il inscrit le couple dans une lignée, il rend visible l’intégration à une famille. Aucune cérémonie laïque occidentale ne remplit cette fonction avec la même économie de moyens.

  2. La double cérémonie n’est pas une contradiction mais une ressource identitaire — Loin de trahir une ambivalence culturelle mal résolue, l’articulation wedding hall/paebaek est une réponse sophistiquée à la question de l’identité coréenne contemporaine. Elle permet de se présenter au monde avec les codes de la modernité globale tout en maintenant, dans l’espace intime de la famille, une continuité avec la Corée confucéenne. Cette double appartenance est vécue comme une richesse, non comme un fardeau.

  3. Le rite est devenu un espace de négociation du genre — Les jeunes femmes coréennes, en première ligne d’une crise démographique sans précédent, ne rejettent pas toujours le paebaek, mais elles le transforment. Exiger que le marié s’incline aussi devant les parents de la mariée, refuser les révérences au sens propre au profit de simples saluts, imposer un paebaek réciproque : autant de modifications qui font du rite traditionnel un terrain de réécriture des équilibres de genre. C’est le signe, paradoxal mais cohérent, que le paebaek est bien vivant — vivant au point d’être contesté et réinventé de l’intérieur.

Pour les couples binationaux franco-coréens qui célèbrent un paebaek en France, l’expérience d’autres unions interculturelles peut être éclairante — voir notamment notre dossier sur les démarches du mariage binational. Et pour les familles qui veulent garder une trace fidèle du rite — robes hanbok, table cérémonielle, gestes du jeon-an-rye — un reportage photographique éditorial est souvent ce qui transmet le mieux la portée symbolique de la cérémonie aux générations suivantes.